Lo stemma ducale
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Français, langue du Val d'Aoste

Enclave francophone au sud-est du Mont-Blanc, cette terre couronnée par les plus hautes cimes européennes, est aujourd’hui une région autonome au sein de l’Italie.

 

La Vallée d’Aoste pourrait être comparée à un petit Tibet. Un peu hasardeux comme exemple, mais assez efficace pour rendre bien l’idée... Enclave francophone au sud-est du Mont-Blanc, cette terre couronnée par les plus hautes cimes européennes, est aujourd’hui une région autonome au sein de l’Italie.

 

Après la chute de l’Empire romain, la région a gravité pendant quinze siècles dans l’aire francophone située à l’ouest des Alpes ; une bonne partie de ce temps sous l’aile protectrice des Savoie qu’ils lui avaient laissé une forte autonomie administrative. À ce propos, la Vallée d’Aoste fut la première administration au monde qui ait employé la langue française comme langue officielle (1536), trois années avant la France même. Mais par la suite, suivant les vicissitudes de la famille royale des Savoie, elle fut trempée dans le nouveau Royaume d’Italie (1861). L’italianisation forcée dès le début et le fascisme après, ont endommagé sérieusement le patrimoine linguistique et culturel de cette terre. Le nouveau régime d’autonomie octroyé en 1948 par la République Italienne afin de repousser une éventuelle annexion à la France où l’indépendance, a certainement permis à la Vallée d’Aoste une certaine forme de « selfgovernment » et donc, la construction d’un modèle de bon gouvernement et de bien-être diffusé parmi la population. Mais dans le domaine linguistique, donc surtout à l’école (où le bilinguisme français-italien aurait dû garantir non seulement la coexistence des deux langues mais surtout la diffusion à nouveau de la langue française), le problème reste. Enfin, pour la deuxième fois, la nouvelle réalité socio-politique, a plongé la Vallée dans un milieu complètement italien : télévision, internet, radio et journaux nationaux ont fait le reste... La survivance du français reste minime et si en 1921, 91% des valdôtains parlaient français, aujourd’hui seulement 1% l’utilise couramment.

 

Paradoxalement, la promotion du bilinguisme à permis d’introduire dans les écoles la parité des deux langues, c’est-à-dire 6 heures d’italien et 6 heures de français par semaine, mais toutes les autres disciplines (qui ensemble font les 2/3 de l’horaire scolaire) sont enseignées seulement en langue italienne. Le résultat est donc que l’enseignement du français rejoint effectivement 100% des élèves valdôtains, mais la réalité du milieu (soit l’organisation de la société, la massive présence d’immigrés italiens et étrangers et la globalisation) ne permet pas à cette langue de sortir des établissements scolaires pour se répandre dans la vie quotidienne.

 

Langue de la toponymie, de l’école, d’une partie des mouvements politiques valdôtains, langue officielle des institutions (mais rarement utilisée hors papiers dans les bureaux) et de quelques journaux locaux, le français risque la disparition.

 

Langue, donc, qui reste bien vivante dans l’imaginaire collectif : elle est bien présente sur les panneaux routiers de la région, aussi dans les anciens documents ; elle est bien évidente dans quelque journaux, dans certaines émissions de télévision et de radio, dans plusieurs livres (achevés avec le concours de la Région Autonome) ou dans les classes de français... mais elle n’est pas utilisée dans la vie de tous les jours où les valdôtains de souche sont devenus eux-mêmes une minorité ethnique sur leur terre, où ils font du dialecte franco-provençal leur principale langue véhiculaire à côté de... l’italien...

  

Mauro Caniggia Nicolotti et Luca Poggianti

Président et Vice-Pdt de la Conférence Communale pour les Activités culturelles - Ville d’Aoste

Le long des lignes de partages...

 

Un étrange voyage, le mien. Grimpé idéalement autour d'une triple frontière, c'est-à-dire celle qui passe près du Mont Dolent (3.820 m), le sommet qui divise la France de l'Italie et les deux de la Suisse. Moi je préfère considérer ce borne comme un point de rencontre entre la Savoie, la Vallée d'Aoste et le Valais. De ce point naturel, l’œil glisse sur ces trois régions alpines, très similaires - sinon identiques – soit dans leur paysage, soit dans leur culture et leur histoire, mais surtout dans leur propre langue: le français; car dans le passé, ces terres ont été le berceau de cette langue.

 

Malheureusement, dans mon Pays le Val d’Aoste, quand j'essaie de tendre l'oreille autour de moi, cette langue je l’entends de moins en moins. Dans ces temps modernes, en effet, le Français est susceptible de fondre comme la glace du massif du Dolent, lorsque en été la chaleur transforme ses neiges en ruisseaux. Mais cette eau qui descend des rochers ne semble plus contribuer à nourrir les gens du Pays d'Aoste, parce que dès qu’elle atteint la plaine d'Aoste, elle sèche au souffle du vent qui remonte de la plaine italienne. Le Français, donc, s'évapore au sirocco, qui pousse majestueux avec le soutient des vents de la standardisation et de la nationalisation. 

 

Donc, le bilinguisme officiel de ce Pays (réglé par une loi constitutionnelle qui remonte au 1948 et qui aurait dû sauvegarder la langue française dans ce petit coin francophone de la nouvelle République Italienne), menace à l'extinction. Le risque évident est un monolinguisme italien. L'enjeu, c 'est un équilibre à trouver à nouveau dans le sillon d'un plus moderne bilinguisme. Une stratégie qui permettra d'enrichir le peuple valdôtain lié toujours à sa langue maternelle et, plus récemment à l'italien. Les grandes vagues d'immigration et les gens de souche doivent partager l'esprit commun de l'ancestrale identité valdôtaine qui n'est pas seulement quelque chose d'historique, mais la clef pour la résolution des défis.

 

Mauro Caniggia Nicolotti